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Épisode 15 : La salle serveurs


Églantine demande à Tim s'il veut bien lui faire visiter la salle serveurs.
Il est très surpris par la demande mais finit par accepter.

Toute ressemblance avec des entreprises existantes ou ayant existé ne serait qu'une coïncidence.



   Églantine est à son poste depuis quelques minutes. Elle en a assez de monter dans les étages pour faire des interventions. Elle a surtout l'impression d'être la seule à résoudre des incidents ce matin. Elle a vite compris que la journée d'un technicien est de huit heures de présence, pas de huit heures... de travail.
   Elle n'a pas de rendez-vous prévu avant l'après midi. Après quelques secondes de réflexion, elle se décide. Elle prend son téléphone et appelle Tim :
- Allo ?, fait la voix à l'autre bout de la ligne.
- Salut, c'est Églantine, je te dérange ?
- Un peu...
- Bon, alors, ça va. J'ai besoin d'un service.
- Oui ?
- J'aimerais visiter la salle serveurs.
- Quoi ?
- J'aimerais visiter la salle serveurs.
   Tim hésite quelques secondes puis demande :
- Tu ne peux pas faire ça avec ton responsable d'équipe ?
- Si, mais je sais que ce sera beaucoup plus instructif avec toi.
- Ah...
- Je n'ai pas envie de voir des grosses boîtes avec des lumières qui clignotent partout, j'ai envie de savoir ce qui se passe à l'intérieur... des boîtes.
- Tiens donc...
- Surtout les boîtes libres.
- Tu ne vas pas me lâcher avant qu'on y soit allés.
   Églantine marque une pause, puis dit :
- Je pourrais essayer, mais j'ai bien peur de ne pas y arriver.
- Et tu voudrais y aller quand ?
- C'est maintenant que je m'ennuie.
- Faudra que tu me donnes le nom de la personne qui t'a refilé mon numéro de téléphone. J'aurais deux mots à lui dire.




- Allez, ça te fera le plus grand bien.
- Ah bon ?
- Une bonne balade dans les entrailles du système d'information, ça ne peut pas faire de mal.
- OK. On se retrouve où ?
   Églantine réfléchit deux secondes puis répond :
- Je ne sais pas du tout où se trouve la salle serveurs.
- Elle est au troisième étage.
- Ça tombe bien, je connais une machine à café, au troisième étage.
- OK. J'y serai dans cinq minutes.
- À tout de suite, conclut Églantine.
   Après avoir raccroché son téléphone, Églantine se met à imaginer la première salle serveurs qu'elle va pouvoir visiter. Elle en a vu beaucoup en photo ou lors de reportages, mais ce sera la première fois qu'elle mettra les pieds dans cet endroit.
   Elle n'a pas trop le temps de penser. Tim va l'attendre. Elle se lève puis sort du bureau, direction le troisième étage.
   Quelques minutes plus tard, elle voit Tim à côté de la machine à café. Il a encore réussi à arriver avant elle. Il lui dit :
- Bon, on y va ?
- OK.
- Je dois te prévenir que je n'ai jamais fait le guide touristique. Peut-être que je vais louper quelques trucs.
- Ne sois pas modeste, je suis sûre que ça va être super.
   Ils commencent à marcher. Églantine suit Tim. Après quelques couloirs, celui-ci s'arrête devant une porte des plus banales.
- C'est ici.



   Il passe sa carte magnétique dans la serrure de la porte. Après avoir entendu un léger cliquetis synonyme de déblocage, il l'ouvre. Ils entrent.
   La pièce dans laquelle ils viennent de pénétrer fait une vingtaine de mètres carrés. Il y a deux rangées de tables. Sous les tables sont disposées les unités centrales qui ressemblent ni plus ni moins qu'à des gros PC. Sur les tables sont disposés les écrans, un pour chaque unité centrale. Le sol est parcouru par des dizaines de câbles de toutes sortes.
   Tim regarde Églantine qui fait une drôle de tête. Il lui demande :
- Alors, ta première impression ?
- Ce n'est pas du tout ce que j'attendais.
- Comment ça ?
- J'ai l'impression d'être dans un appartement de geek. Il manque juste les bouts de pizza par terre.
- Quoi ?
- Ce n'est pas une salle serveurs...
- Ah si, c'est notre salle serveurs.
- Mais il est où le beau sol blanc immaculé, les grandes allées pour se balader, les gros serveurs de trois mètres de large ?
- Ils sont... dans les pubs à la télé. Mais pas chez nous.
- Mais quand même..., un appart de geek...
- C'est mieux qu'un appart de geek, y'a la clim.
- Ah...
- Enfin, c'est plus une soufflerie d'air froid qu'une climatisation.
- Ça change quoi ?
- Si tu restes trop longtemps dans la salle, tu risques d'attraper une pneumonie.
- Ah...
- Tu l'as voulu, tu l'as.
- Je sais. J'aurais dû m'en douter quand tu as dit que la salle serveurs se trouvait au troisième étage.
- Pourquoi ?
   Églantine ne sait pas quoi répondre. Elle arrive juste à articuler :
- Ben... euh...
- Les serveurs ne fonctionnent pas moins bien avec l'altitude des étages. C'est plus agréable de s'y rendre.
- ...
- Il n'y a pas de risque d'inondation. Il n'y a pas vraiment de soucis techniques à ce qu'elle soit dans les étages.
- Oui, mais quand même...
- Il y a quand même un souci d'ordre économique.
   Églantine est surprise. Elle demande :
- Comment ça ?
- Dans l'immobilier, le prix du mètre carré est plus cher dans les étages. Donc, plus on va monter dans les étages, plus la salle serveurs aura tendance à être petite.
- Effectivement, elle est... petite.




   Tim marque une pause et répond :
- La taille de la salle serveurs n'a pas beaucoup d'importance. Aujourd'hui, elle est suffisante pour ce qu'on en fait.
- Tu trouves qu'elle est bien ?
- Je n'ai pas dit ça. Il y a la superficie au sol qui est suffisante. Après, il y a la façon de l'utiliser. C'est vrai que, dans ce domaine, il y aurait beaucoup à dire.
- Effectivement. Comment peut-on avoir aussi peu d'attention pour un élément fondamental de l'entreprise ?
- C'est un élément fondamental pour toi, pas pour ceux qui font les gros chèques.
   Églantine demande :
- Qu'est-ce que tu veux dire ?
- Une salle serveurs est à l'image de ce qu'une entreprise pense de son système d'information.
- La gestion de l'information ne semble pas fondamentale ici...
- Tout à fait. D'ailleurs, elle ne l'est pas.
- Quoi ?
- Ici, le système d'information sert à faciliter le travail de l'entreprise, il n'est en aucun cas fondamental.
- ...
- Si on arrête les serveurs, on ne va pas stopper le business. On va juste pénaliser les salariés.
- ... pénaliser ?
- OK, ce sera le gros bordel, mais rien de catastrophique vu par un grand patron. Alors que si tu prends l'exemple d'une banque, si tu lui enlèves ses serveurs, tu peux fermer boutique.
- L'importance des systèmes d'information, hein ?
- Si c'est juste un accessoire, on a ça. Si c'est un élément fondamental du business, on a quelque chose qui tient la route. On trouve rarement les mêmes salles serveurs dans le secteur industriel que dans le secteur bancaire.
- Bien noté. La prochaine entreprise que je visiterai sera dans le secteur bancaire.




   Églantine marque une pause. Puis elle dit :
- Bon, eh bien je suis déçue par les boîtes. Mais qu'est-ce qu'il y a dedans ?
- Comment ça ?
- Elles font quoi toutes ces boîtes ?
- De ce côté, il y a les serveurs DHCP, les serveurs de noms ; par là, tu as les contrôleurs de domaine...
- Il y a une machine pour chaque fonction ?
- Il y a même souvent plusieurs machines pour une fonction.
   Églantine est surprise. Elle annonce :
- Chez moi, je fais tout ça avec une seule machine.
- Quand je te disais que le système d'information n'est pas fondamental, ça ne veut pas dire qu'il ne sert à rien.
- Comment ça ?
- Si ton serveur de noms ne fonctionne plus, aucun utilisateur ne peut plus accéder à certaines applications. En moins de cinq minutes, tu peux avoir cinquante appels au support.
- Ah...
- Les salariés ne peuvent pas signer de gros chèques, mais si tu casses leur outil de travail, ils savent se faire entendre. Le prix d'une machine ne justifie pas de prendre le risque.
- OK. Donc pas question de redémarrer un serveur pour s'amuser.
- Non. Pas question.
- Bon, qu'est-ce que tu as d'autres en boutique ?
- De ce côté, tu as les serveurs de fichiers, puis les serveurs de messagerie, puis les serveurs d'applications..., enfin rien d'extraordinaire.
   Églantine réfléchit quelques secondes, puis demande :
- Ce ne serait pas plus simple d'avoir deux ou trois gros serveurs qui feraient tout le travail. Avec de la redondance, pour plus de sécurité.
- Ce serait plus simple, mais ce n'est pas possible.
- Ah bon...
- On a bien demandé ce genre de chose mais cela ne rentre pas dans le budget.
- Comment ça ?
- Si tu as un budget de cinq mille euros deux années de suite, tu ne peux pas avoir la machine à dix mille euros qui va bien. Tu as deux machines à cinq mille euros et tu fais au mieux avec.
- Pas cool.
- On s'y fait à la longue. Avec le matériel, c'est comme avec les logiciels, on fait du mieux possible, avec les moyens mis à disposition.




   Églantine tourne la tête à droite et à gauche pour observer les différentes machines de la salle serveurs. Au bout de quelques secondes, elle demande :
- Elle est où ?
- Où quoi ?
- La machine libre.
- Ah...
- Je ne la vois pas. Elle est où ?
   Tim est surpris. Il demande :
- Je suis curieux de savoir à quoi ressemble... une machine libre ?
   Là, c'est Églantine qui est surprise. Elle essaye de répondre :
- Euh... je ne sais pas trop. Peut être qu'elle dégage un halo de lumière, qu'elle brille dans le noir. Enfin, un truc cool reconnaissable quoi.
- J'ai bien peur de te décevoir.
- Quoi ?
- Il n'y a aucun signe extérieur de reconnaissance de la liberté.
- Dommage.
- Comme tu l'as dit en entrant, toutes les machines dans cette pièce pourraient appartenir à un geek, libre ou pas.
- OK. Bon, elle est où ?
   Tim pointe du doigt une grosse machine dans un coin de la salle serveur. Églantine remarque la taille. Elle dit :
- Dis donc, tu n'as pas pris la plus petite machine. Tu ne t'es pas gêné.
- Comme tu as pu t'en rendre compte, j'espère, les ordinateurs, et donc les serveurs, ont eu tendance à diminuer en taille et à augmenter en puissance au cours du temps.
- ...
- Donc le fait que la machine soit grosse ne veut pas dire qu'elle est puissante. Cela veut juste dire qu'elle est très vieille..., et très peu puissante..., et très lourde.
- Ah... Tu peux me montrer ce qu'elle sait faire ?
- D'ici, je ne peux pas.
   Églantine est surprise. Elle demande :
- Comment ça ?
- Pour tout ce que j'ai à faire, j'utilise le contrôle à distance.
- Tu ne peux pas travailler dessus ici ?
- Bien sûr que je peux. Mais il faudrait que je connecte un des écrans d'un autre serveur.
- Et alors ?
- Et c'est bientôt la fin de la récréation. Les élèves doivent retourner en classe pour faire leurs devoirs.




   Églantine comprend parfaitement l'allusion. Cela fait déjà près de vingt minutes qu'elle est partie du bureau. Il est plus que temps de faire acte de présence. Elle dit :
- Il faut qu'on fasse quelque chose pour avoir plus de logiciels libres dans cette salle.
- Comme quoi ?
- Je ne sais pas encore précisément. Mais je commence à avoir des idées.
- Tu peux commencer par faire signer une pétition pour installer du logiciel libre dans cette entreprise ?
- Quoi ?
- Ça marche toujours les pétitions, non ?
- Je vais y réfléchir.
   Tim regarde Églantine et lui dit :
- Il faut que je retourne à mon poste. On y va ?
   Églantine marque une pause. Elle répond :
- Cette entreprise a besoin de moi. Je vais essayer de l'aider... au maximum.
- OK... On y va ?
   Églantine regarde Tim avec un sourire et lui dit :
- Bon, qu'est-ce qu'on débranche ? Si on casse deux ou trois serveurs, ils seront bien obligés de les remplacer.
- Quoi ?
- Je plaisante. Les gars BSD, ils n'ont vraiment pas le sens de l'humour...




Ce qu'il faut retenir :
- Le centre névralgique d'un système d'information est un lieu important d'une entreprise.
Le centre de stockage des machines à écrire évoluées, beaucoup moins.

- Une salle serveur est un investissement sur le long terme.
C'est pour cela qu'il y a de moins en moins de salles serveurs qui ressemblent à des appartements de geeks.



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