Générique  —  Documents

Épisode HS 5 : La fessée


Une petite discussion hors informatique, pour une fois.
Comme quoi, on peut discuter de tout.
On DOIT discuter de tout.

Attention, sujet très sensible.
Encore plus que les logiciels libres...



   Églantine arrive chez Monsieur Lessig. Elle commence :
- Alors, qu'est-ce que vous avez cassé cette fois ?
- Rien d'informatique.
- Quoi ?
- Si je vous ai fait venir, c'est pour parler d'un sujet de société.
- Mais encore ?
- Ces derniers jours, les médias ont beaucoup parlé de la fessée et...
- ... Je ne sais pas où vous voulez en venir mais j'ai un peu peur.
   Monsieur Lessig marque une pause, puis répond :
- Ne vous inquiétez pas. Je n'en suis pas là. Je veux juste en discuter d'un point de vue théorique avec une personne qui n'a pas le même point de vue que moi.
- Vous voulez parler de fessée ?
- Oui, et en particulier de la pertinence de donner des fessées aux enfants.
- Ça ne valait pas la peine que je vienne. Je peux vous répondre en deux mots. C'est une absurdité d'un autre temps.
- C'est bien ce que je me disais. Vous n'avez pas d'enfants, vous...
- Le fait d'avoir des enfants ne change rien. Utiliser la force physique alors que ce n'est pas nécessaire est une absurdité en soi.
- De temps en temps, c'est quand même nécessaire.
- Non, ce n'est jamais nécessaire. C'est surtout une démission des parents qui n'ont pas d'autre solution. C'est triste qu'au XXIème siècle, des parents n'aient pas d'autre solution.
- Ce n'est pas une démission, ça permet de fixer des limites.
   Églantine réfléchit un peu, puis enchaîne :
- Ça, c'est l'excuse facile. Mais elle est complètement ridicule.
- Ridicule ?
- Vous avez affaire...
   Églantine s'arrête une seconde, avant de continuer :
- Dans notre discussion, je vais considérer que vous êtes les parents et je serai les enfants.
- OK.
- Donc, comme je disais, vous avez affaire à des enfants.
- Oui ?
- Donc, vous avez affaire à des personnes, si, si, les enfants sont des personnes dont les capacités physiques et intellectuelles varient tous les jours.
- Et alors ?
- Et alors, l'essentiel de leur vie est de tester leurs limites, pour savoir ce qu'elles sont. Aucun châtiment ne pourra jamais rien y changer. Un enfant a besoin, il a BESOIN, de savoir où il en est. Et pour ça, il va souvent se trouver à la limite.
- ...
- C'est pour ça que fixer des limites à un enfant est une absurdité car elles varient tous les jours.
   Monsieur Lessig répond :
- Il faut bien que les parents se fassent respecter, qu'ils fixent des règles d'éducation.
- Vous utilisez des mots très forts, fixer, règles. Je vous conseille plutôt d'utiliser le mot cadre d'éducation. L'enfant va tester ses limites. Cela vaut pour ses capacités physiques mais aussi pour son environnement.
- ...
- Un enfant passe du statut de bibelot lorsqu'il est nourrisson à un statut de personne autonome. Il va tester tout ce qu'il peut faire, au fur et à mesure de sa prise d'indépendance. Il veut savoir ce qu'il peut faire et ce que ça lui coûte de le faire. Et s'il doit recevoir une fessée, il le fera quand même.
- Justement, dans ce cadre, la fessée fixe la limite à ne pas dépasser à un moment donné.
- Un enfant n'a pas la notion de moment donné, il n'a pas la notion de limite pour lui. Tout ce qu'il voit, ce sont les limites de ses parents qu'il teste à longueur de temps. La fessée montre à l'enfant les limites de ses parents, sûrement pas ses propres limites.




NdA :
Il faut arrêter de croire que les enfants sont stupides.
Ils sont beaucoup plus intelligents que les adultes.
Heureusement, ils savent moins de choses.

   Monsieur Lessig répond :
- C'est une bonne chose que l'enfant comprenne que ses parents ont des limites.
- Au contraire, c'est une catastrophe. Si un enfant arrive à connaître les limites de ses parents, voire à les contrôler, il va avoir beaucoup plus de mal à les respecter. On respecte beaucoup moins ce que l'on maîtrise.
- Ah...
- Comme vous dites. Les enfants vont tester toutes les possibilités pour savoir quelle est leur place, quelles sont les possibilités qui vont s'offrir à eux. S'ils savent ce qu'ils peuvent attendre de leur parents, la route risque d'être longue pour ces derniers.
- Comment ça ?
- Il ne faut jamais oublier qu'après l'enfance, il y a une autre période de développement, l'adolescence. Quel sera le respect d'un adolescent dont les parents n'ont eu que la fessée pour le faire obéir, pour lui imposer des limites ?




NdA :
L'adolescent se teste comme un enfant, au détail près qu'il faut ajouter des hormones en fusion aux transformations physiques (et qu'il est persuadé d'avoir tout compris et donc d'avoir toujours raison).
Niveau de dangerosité :
Dynamite (stable et explosif)
Nitroglycérine (instable et explosif)
Adolescent (tout le monde aux abris)

   Monsieur Lessig dit :
- Je ne sais pas.
- Des parents qui ont utilisé la fessée comme limite durant l'enfance auront le choix de ne plus le faire et de perdre tout contrôle ou d'augmenter la violence des coups. Dans les deux cas, c'est une catastrophe pour l'éducation de l'enfant qui n'aura plus de repère parental en cas d'abandon des coups, ou qui aura la violence physique comme seul modèle de réponse à ses problèmes.
- ...
- La fessée est une catastrophe d'éducation aujourd'hui. Il y a beaucoup d'autres moyens de fixer des limites. Enfin, je préfère parler de cadre de développement, plutôt que de limites.
- Comme quoi ?
- D'abord, il faut établir quelles sont les ressources auxquelles les parents ont accès et dont les enfants profitent.
- ...
- Supprimer ou limiter les moyens matériels et financiers d'un enfant. Si un enfant fait une bêtise, il faut le lui signaler, et, quelques minutes, heures, ou jours plus tard, le sanctionner en le privant d'un jouet, en ne lui achetant pas quelque chose qu'il veut, etc.




NdA :
Pas une bonne chose de traumatiser un enfant non plus.
Une semaine dans une cave au pain sec et à l'eau pour avoir mis ses coudes sur la table, c'est abuser.
Il est important de mesurer la sanction, sinon, elle n'a aucune valeur.

   Églantine marque une pause et continue :
- Cela apprend à l'enfant que s'il fait une bêtise, il y aura des conséquences, et pas forcément dans la minute qui suit. Et cette méthode peut perdurer à l'adolescence où l'enfant sera toujours dépendant de ses parents au niveau matériel et financier.
- Peut-être.
- Nous avons construit une société dont les sanctions sont basées sur la privation. Est-il préférable de vivre dans une société qui donne quarante coups de bâton pour un crime ou deux mois de prison ?
- ...
- Personne ne sait ce qui est mieux. En tout cas, je sais dans quelle société nous vivons. Autant adapter l'éducation des enfants à ce même système de punition.




En plus... et en vrac :
- Il y a tellement de moyens plus constructifs pour se faire respecter des enfants. Ils testent leur environnement parce que c'est leur vie. Autant le prendre du bon côté...

- Il y a de nombreux moyens d'imposer son autorité. La force physique n'est que la plus primaire d'entre toutes.

- À la limite de la limite, il y a une situation où un enfant peut être frappé.
Si un enfant donne des coups, alors qu'il n'est jamais frappé.
Il faut lui donner des coups en retour pour qu'il se rende compte que ça fait mal et que ça n'apporte rien d'autre que d'autres coups.

- Il n'y a pas de bons et de mauvais parents (sauf cas exceptionnel).
Seul le résultat final compte et personne ne peut prédire ce qu'il sera, surtout durant l'enfance.
Il y a trop de paramètres en compte et les parents n'en sont qu'un (école, copains, médias, ...).
Mais quand même, la fessée n'aide généralement pas la cause des enfants (pour toute leur vie) ET des parents (pour la vie de parent d'adolescent qui pointe à l'horizon).

- Un peu de lecture supplémentaire concernant la "gestion des enfants".



  ---  Validation XHTML 1.0  ---  Validation CSS 2.1